Marchand-e-s de sourires

L’insouciance… Vous vous souvenez ?

Ce cadeau invisible et unique qu’on vous a donné le jour de votre naissance, ce petit truc magique qui vous fait vous émerveiller de tout, cette lueur un peu folle dans le fond de votre regard qui vous fait devenir légers, ce sourire un peu abruti au coin de vos lèvres, cette minuscule graine qui peut vous faire tout abandonner pour suivre l’envie de l’instant, cette aura faible mais contagieuse, ce trésor plus précieux que n’importe quel autre…

Vous vous souvenez ?

Hélas, faute à nous, la vie, les diverses péripéties que chacun et chacune traverse, les choix que nous faisons, cette insouciance plus j’avance et plus je trouve que trop de gens l’ont perdu. Petit à petit sans s’en rendre compte. Égarés dans une sorte de routine, un jour ils se sont retournés et pis elle n’était plus là, depuis longtemps parfois… Et quand je dis « les gens »…  Comme tous ces gens, je me souviens plus à quel moment je l’ai perdu mais quand je m’en suis rendu compte ça m’a fait peur… Peur  d’être devenu aigri, triste, vieux, con… Vieux ET con…

C’est vrai quoi, c’est pas le titre d’une chanson qu’on a aimé, ce qui était écrit entre le kerdane et la litière pour chat sur la liste des courses ni même un anniversaire quelconque. Votre bagnole a un pet elle file chez le garagiste, votre Ibluesamrtphone tombe en rade, le lendemain vous en avez un neuf et là rien ?… Tant pis ?…

Je sais bien que plus on avance plus on vit dans une société ou tout va trop vite et tout, objet comme humain, peut être remplacé au moindre petit pépin mais quand même, comment on peut perdre quelque chose d’aussi personnel, d’aussi intime et irremplaçable sans s’en rendre compte, sans en avoir un souvenir précis ?

Vous vous êtes déjà posé la question ?

Moi oui. Je me suis posé, réfléchir à tout ceci pendant un bon moment bien conscient que quelque chose avait dérapé mais sans jamais arriver à trouver où. Jusqu’à récemment…

A un spectacle sous un chapiteau pendant un festival. Chaleur, fatigue, j’ai fermé les yeux un moment et involontairement, mes oreilles se sont laissé porter par les rires qui jaillissaient ci et là. Tantôt en groupes, tantôt seuls, tantôt étouffés, tantôt incontrôlés, cascades et petites gouttes pour qui en voulait et c’est là que j’ai comprit à quel moment ça avait dérapé.

C’est aussi là que j’ai comprit autre chose de bien plus important, aussi belle puisse être la chanson Barcella se foire, et violemment !

L’insouciance ne se perd pas, pas plus qu’elle ne disparait ou ne meurt, elle s’estompe juste faute d’être sollicitée et si chacun et chacune d’entre nous a la possibilité de faire ressurgir cette précieuse étincelle en soi, il est aussi possible de la faire renaitre chez les autres, certains en ont carrément fait leur métier.

Marchand-e-s de sourires

Bénédicte, Envoyée du mystère difficile. Compagnie « liquidation totale »
Festival Chaps a Chap – Chapareillan – 10, 11, 12 et 13 Juillet 2014

Inter-plus-ou-moins-mi-temps, graphistes, saltimbanques, ébénistes, clowns, caméramans, acteurs, écrivains, techniciens, graffeurs, perchistes, ingés sons, jongleurs, photographes, musiciens, bénévoles, pigistes, organisateurs et j’en passe, j’ai la grande et réelle chance d’avoir dans mon entourage plus ou moins proche un nombre conséquent « d’artistes » (je n’enlève aucun mérite à personne mais je n’aime pas ce mot) et surtout j’ai l’extrême chance que ces gens soient tous des passionnés qui plus qu’un métier (pour ceux dont c’est la profession) y voient généralement, un raison d’être, de vivre, d’avoir un impact réel et direct sur « le monde ».

Et quand je parle de métier, même pour ceux qui tachent d’en vivre c’est hélas une image car, dans l’évènementiel de manière générale, quand il n’est pas directement question de bénévolat et/ou d’évènement gratuit, malgré le temps et l’investissement humain/matériel/technique/financier fourni on parle plus de survivre ce qui est assez fou si on y songe. Dans quelle société malade les gens qui nous soignent, qui s’occupent de nos enfants ou qui nous permettent de nous évader peuvent ils être moins biens considérés que ceux qui font fructifier notre argent à nos dépends, ceux qui parlent en nos noms sans nous demander nos avis ou ceux encore dont le seul métier et de garder le leur ?

J’enfonce des portes ouvertes ?…

Et bien j’les enfoncerais jusqu’à c’que j’en crève et comme Goldman j’irai jusqu’au bout d’mes rêves et même si la chanson elle sert à rien, j’crois qu’ça m’f’ra du bien de gueuler c’refrain !

Bref…

Car ne vous trompez pas, à des niveaux divers et de multiples façons le métier de (presque) tous ces gens est bien le même : proposer du rêve, de l’évasion, une réflexion, un regard décalé, un mode de vie, une partie d’eux même, DE LA CULTURE !!!

 

Et, j’en remet une petite couche, contrairement à ce que l’on entend beaucoup et à tort en ce moment, tout ceci prend du temps, quel qu’il soit on ne créé pas un spectacle en claquant dans les doigts et de l’idée de départ a la première prestation publique, c’est un travail de titan car vous vous en doutez, tout le monde n’a pas un staff de XX personnes pour gérer les différents rôles et que ce qui est déjà un travail conséquent avec une équipe complète devient carrément délirant en plus petit comité voir en solo.

"Ramone Perez " - Printemps des cultures urbaines 3 - du 8 au 17 Mai 2014 - Aix-Les-Bains

« Ramone Perez  » – Printemps des cultures urbaines 3 – du 8 au 17 Mai 2014 – Aix-Les-Bains

Mais comme je le disais plus haut, prenez en bien conscience et remerciez les profondément, les marchands de sourires sont généralement des passionné-e-s, des fous et folles  illuminés qui actuellement, sans même parfois être surs d’être ne serait-ce que défrayés, continuent à proposer spectacles, concerts et festivals à prix libres, au chapeau et parfois, comble de l’hérésie, gratuitement… Quel monde malade vous disais-je…

Et là, tout en tachant de garder le ton général de ce papier pour du tout public, je hausse un peu le clavier parce que quand je parle de ce genre d’évènements, on me répond souvent des aberrations du genre

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Ce qui en fait, de manière posée et réfléchie signifie (pour la personne qui le dit) que les artistes ou organisateurs en question ne sont pas surs de leur talent ou de la qualité de leur prestation et préfèrent donc ne pas mettre de prix défini ou de prix tout court… Mais ce genre de conneries ça me donne pas envie d’être posé et réfléchit… Enfin si mais pas que…

Parce qu’en partant de cette simple évidence, la qualité d’un objet ou d’un service ne serait donc qu’uniquement proportionnelle à son prix ?…

Ça fait froid dans le dos de penser à ce à quoi on arriverait en extrapolant a peine… Et pis sérieux, j’suis déjà un peu misanthrope sur les bords mais lutin de poubelle de mercredi c’est le genre de truc qui n’aide pas. Il doit y avoir un réflexe conditionné dans mon corps qui fait que maintenant à force de répétition, quand ce genre de propos arrive à mes oreilles, mes mains ont aussitôt envie de prendre la tête de la personne qui parlait pour permettre à mon genoux d’entrer un court instant en contact avec son nez tellement ça me hérisse le poil qu’une personne puisse un avoir un avis aussi tranché et faux tout en démontrant de manière explicite sa non réflexion absolue sur le sujet.

Fête de la musique 2014 - Chambery>/br> " Les joyeux Jojos "

Fête de la musique 2014 – Chambéry
Les joyeux Jojos

Pour ne parler que de ce que j’ai fait dernièrement et uniquement dans une mouvance tout public, pas cher, prix libre ou gratuit il y a eu :

les printemps des cultures urbaines #3 : musique, graff, jongle, déambulations diverses, théâtre de rue, cinéma plein air, démos et ateliers divers => TOUT GRATUIT

Le Guillet libre : musique, cirque, animations, jeux en bois et pizzas maisons qui déchirent !! (seul prix fixe => softs a 1€, bières a 2€)

Marché des continents : Stands d’associations + concerts gratuits

Convention de slackline en Ardèche : slack/watter/high/space/tree/jump line, contest de jumpline, canoés kayak gratuits !!! (seul prix => camping 5€)

– Fête de la musique : Je vous fait un dessin ? => GRATUIT !!

– Les Airs du Belvédère : Musique en plein air (seul prix => boissons 2€)

Festival Chaps a Chap : camping, bouffe, boisson, spectacles, jeux en tous genres et à toute heure, gratuits, pas cher ou à prix libre, payant pour les spectacles et certains concerts sous chapiteau ou en salle (entre 7 et 15€)

Arrivant le weekend prochain :

Festival Rock’n Poche #23 : => Musique, musique, musique, musique, et pis camping !!!!!! 50€ = pass 2 soirs + camping + 10€ de boissons (financement rock’n poche)

Ensuite il faudra attendre un peu avant le concert mais dans cette même mouvance cette année, les Ogres de Barback fêtent leurs 20 ans… 20 ans d’existence et d’autoproduction… 20 ans d’indépendance !

Et quitte a faire un peu de pub tant qu’on est dans la musique indépendante, autant glisser aussi CD1D regroupement de labels indépendants dont le but est de passer le son directement du producteurs à l’auditeur !

Tout ça pour dire qu’il me parait évident que l’argent n’est pas le principal attrait et/ou que certain-e-s ont trouvé quelque chose de plus précieux en route !

Compagnie "le radeau" - Festival Chaps à Chap

Et si le coffre à trésor est vide… Quelle est la récompense ?…
Compagnie « Le radeau » – Festival Chaps a Chap – Chapareillan – 10, 11, 12 et 13 Juillet 2014

Comme dirait lofo « j’ai pas d’conseils à donner si c’n’est à moi même » mais quelque part dans le fond de mon cerveau, j’ai le faible et persistant espoir qu’émerge dans la tête de certaines personnes l’idée que si oui il y a bien une raison aux divers spectacles  » prix libre  » c’est peut être plus dû à une envie de responsabiliser le public qu’à un manque de talent de la part des artistes….

Je vous laisse relire cette dernière phrase, je crois que c’est la plus intelligente de tout le papier.

De la même manière, si oui aussi il y a bien un débat à mettre en place sur le sujet de l’intermittence et de la culture en ce moment, il faudrait voir à ne pas se tromper sur le sujet qui finalement est loin de ne toucher que la culture et l’intermittence :

Voila, on arrive à la fin de ce petit compte rendu sur le printemps des cultures urbaines… Oui, y’a eu quelques chamboulements je sais, désolé. Life, lala lalala, life is life !

Très égoïstement et pour bien des raisons ce début d’été devait être spécial et exceptionnel. Et puis la vie prend parfois des détours inattendus, des sentiers non balisés où il fait finalement bon se perdre et s’oublier, où la compagnie est souvent plus qu’appréciable et qui de toutes façons sans être forcément mieux ou pires que ceux prévus ont au moins le mérite d’être différents.

Du coup il serait injuste que je termine sans un merci immense et sincère à tous les marchands et marchandes de sourires croisés ci et là depuis quelques temps. Ceux et celles qui étaient sur scène, ceux et celles qui étaient dans le public, sur une place ou une route, au bord, dans ou au dessus du Chassezac,, sous un chapiteau ou dans un champ, en pleine jungle sud américaine, dans un bled isérois, ailleurs, sans oublier bien sur tous ceux et toutes celles que je n’ai pas croisé mais qui se reconnaitront dans ces lignes.

Avant tout pour leur envie et leur capacité à proposer une culture ouverte à un public le plus large possible, c’est vraiment quelque chose qui me tient a cœur. Ensuite parce que tous ces magiciens de la vie, plus que des concerts, des spectacles, des jeux, du théâtre, des pass photo, de la nourriture, et d’autres choses savent OFFRIR de l’insouciance, du rêve, des sourires… de l’humain… Et là mesdemoiselles, mesdames, messieurs… Je ne peux que m’incliner, apprécier et espérer que d’autres en prendront de la graine !

Pour citer un homme sage  » je l’ai déjà dit mais j’vais l’dire encore et encore, la vie bouge bien trop vite, si tu t’arrêtes pas de temps en temps elle peut… Te filer entre les doigts. « 

C’était bon de s’arrêter et de profiter de l’instant avec vous, merci encore !

Guignolesquement,

P.F.Y.

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Photo de couverture : My daughter kanna par Toyokazu